FEMINITE ET ART

Seins pointus, ventre bombé, reins cambrés, fesses proéminentes, le corps des femmes constitue l’une des sources d’inspiration les plus fécondes de l’art africain. Mais aussi sensuelles soient-elles, ces effigies glorifient avant tout le rôle de l’épouse et de la génitrice : celle qui détient et transmet les forces de vie. Empruntées aux plus grands musées et collections privées d’art primitif, quelque cent cinquante pièces exceptionnelles sont rassemblées jusqu’au 12 juillet au musée Dapper, à Paris. L’occasion d’admirer maternités, effigies de couples et masques d’initiation d’une beauté à couper le souffle !

 

Rien de plus trompeur, cependant, que l’art africain. Nulle psychologie, encore moins de tendresse dans ces cohortes de « femmes à l’enfant » au maintien hiératique. Car la maternité est d’abord « figure idéale », incarnant le concept de fécondité, symbolisant la perpétuation de la lignée et le maintien du groupe. Sculptées par des hommes, ces génitrices allaitant leur progéniture véhiculent ainsi les mythes des origines, assurent la cohésion du village ou de la communauté. Mais que de variétés stylistiques au sein de ces maternités du continent noir ! Telle statuette polychrome du Congo dégage une majesté quasi « pharaonique », telle effigie Sénoufo de Côte d’Ivoire frappe par son extrême sévérité…

Trop cru et certainement entaché de tabous, l’instant même de la naissance n’a guère nourri l’inspiration des sculpteurs africains. Comme dans notre art occidental, on ne rencontre ainsi que de très rares scènes d’accouchement. En revanche, excepté la petite enfance et l’extrême vieillesse, le corps féminin est décliné à tous les âges de la vie. On le découvre nubile, puis fécond et majestueux comme sur cet extraordinaire masque de ventre bombé de Tanzanie qu’arborent les danseurs masculins Makonde, ou sur ce pilier toguna aux seins hypertrophiés du pays Dogon. Mais la différenciation sexuelle peut parfois se traduire au cœur même de la chair, par le biais de ces mutilations génitales dont maintes sculptures reflètent la cruauté…
Plus « aimables », les représentations de couples atteignent, elles aussi, une dimension symbolique et renvoient souvent à des mythes originels de complémentarité et d’harmonie. La tendresse que ces compositions dégagent malgré elles renvoie cependant aux plus belles réalisations de l’Egypte ancienne. Comme elle l’avait déjà fait pour son exposition sur les cheveux, Christiane Falgayrettes-Leveau, la directrice du musée Dapper, n’a pas hésité à emprunter au Louvre quelques petites « merveilles »…
Mais s’il est des représentations qui traduisent bien le pouvoir que peuvent s’octroyer les femmes dans le continent noir, c’est bien ces effigies de reines mères d’une puissance plastique inouïe. En témoigne la pièce maîtresse de l’exposition : cette statue Bangwa du Cameroun qui appartint à Helena Rubinstein et fut photographiée par Man Ray. Toute en angles et en distorsions, elle clame haut et fort l’importance des femmes dans les sphères du politique comme du spirituel…



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